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de Federico Garcia Lorca D’après la traduction de Claude Esteban
Par la Compagnie de l’âtre Saison 2008
Note d’intention
« No hable mal de los gitanos Que tienen sangre de reyes En la palma de las manos... »
« Je ne veux pas trop médire des gitans car une copla le dit, ils ont du sang de rois dans la paume de leurs mains... »
La Compagnie de l’âtre a entrepris la mise en scène du Romancero Gitano comme elle entend témoigner de sa propre rencontre avec l’œuvre de l’auteur, Federico Garcia Lorca.Les quinze poèmes qui composent cet ensemble nous plongent dans l’essence même du flamenco, ses rouages, avec la figure du Gitan, l’Esprit Gitan, l’Andalousie et la Lune, qui trouble les cœurs et les gestes, éclaire juste ce qu’il faut pour danser dans la nuit. Le Romancero c’est aussi la toile tendue de l’Andalousie fine et puissante, dont l’évocation nous transporte, magicienne, vers une contrée dont les contours s’effacent pour laisser le propos vagabonder hors de l’Espace, ailleurs, dans les dimensions personnelles de chacun qui l’écoute. Ce cadre géographique nous permet de mieux comprendre les bases de l’élan fédéricien, ce qui nous rapproche encore davantage de Lorca, car il nous livre un pan de son socle : sa terre, ses couleurs vives et poussiéreuses, blanches de chaux et brunes de sang sec. Ce spectacle est une quête vers la profonde démarche de l’auteur, ce qui se trame dans ses vers, ce qui justifie cette poétique, et ce qui a pu le pousser à entrelacer l’onde des Hommes à celle de la nuit, de la Lune, du feu et des danses tout autour. Notre viatique, le messager de cette enquête poétique est une personnage singulier que nous avons crée, amnésique, réminiscent, qui s’avance dans l’obscurité de bribes de souvenirs vers la clarté de la Lune, pour laisser éclater, acérées, les vérités andalouses, le climat et l’ambiance, les villages, les villes et leurs Saints Tutélaires. Ce personnage est un transfert, il compose lui même touche par touche un tableau qui se nourrit des quinze autres. De fait, une rencontre se produit, le personnage s’avance vers l’auteur, pour porter son propos et transmettre par ce biais le chemin qui va d’une évocation à une autre, en progression. La présence sur le plateau d’un guitariste, dont l’altérité permet à l'acteur de progresser dans son évocation réminiscente, provoque l’enveloppement important du flamenco dans l’œuvre de Lorca, et le souligne. Cette rencontre entre le verbe et la musique, entre l’intense mélancolie du soir et le souvenir d’une chaude journée andalouse, cette rencontre entre deux sphères dites, l’une par la musique, l’autre par les mots, tisse un lien qui saisit la parole de Lorca. Théâtraliser la poésie fédéricienne
Pour théâtraliser ces quinze tableaux poétiques, nous devions composer, sculpter un messager, un personnage, incarnation du théâtre, présence d’un acteur. La création de ce personnage est fondamentale dans cette œuvre, si marquée par l’auteur, si connue (elle est devenue un genre de manifeste de Lorca, de l’Andalousie et du Flamenco). Il nous a fallu, pour nous l’approprier et lui donner un sens neuf, le notre, la personnaliser, créer quelque chose de marqué à notre tour. Pour arriver à cette Personnalisation, il nous faut créer une Personnification, puisque nous sommes un groupe théâtral et donc dramatique, il nous faut créer du drame, c'est-à-dire de l’action ; Le personnage choisi, déterminé est né d’une réflexion sur le type de regard que je veux susciter dans le public, qui est un regard interrogé, en perpétuelle alimentation et surprise, nous devons donner à voir autant qu’à entendre, d’où une interprétation précise et éloquente, qui détient un sens bien à elle, qui n’a à priori pas de rapport avec le propos poétique de l’auteur, mais qui nous appartient, à nous. De là s’est dessiné le personnage réminiscent. Il s’agit de créer une progression dans le propos. Il fallait créer un personnage riche en nuances. La réponse à cette idée de création de nuances est pour moi la réminiscence, la pensée spontanée qui cherche à décrire, au moment même où elle décrit, et l’idée d’un personnage névrotique colle parfaitement à cette dynamique. Puis, il fallait traiter la Névrose, la déterminer, faire qu’elle soit juste, et qu’elle ne prenne aucunement le pas sur le propos, mais précisément le rencontrer et le servir sans avoir l’air d’être un hommage, une allégeance justement. De fait, l’idée d’une amnésie de principe qui s’estompe de plus en plus m’a semblé être le parti à prendre pour obtenir une interprétation comédienne, et audacieuse, en tout cas, une matière noble, pour l’acteur, qui a vraiment de quoi proposer à l’auteur, il a quelque chose de consistant à lui opposer, à lui résister. La question qui suit est aussi l’apposition d’un musicien sur le plateau, en permanence. Ce dernier est un interlocuteur supplémentaire à l’acteur, il lui permet d’aller encore plus loin dans son jeu, dans sa recherche, puisque la musique est un viatique, un soutien lors d’un passage, un stimulus qui permet la transgression et parfois la réminiscence. Le véhicule immatériel de la musique donne un argument de plus au personnage pour aller chercher son évocation outre temps et outre espace, cela ouvre sa mémoire andalouse et cela doit porter son jeu. La relation à la figure de l’Autre contenue dans le musicien est très importante puisqu’elle va accentuer la quête du personnage « mets moi en musique ce que je viens de dire ! » c’est la phrase qui est dans l’œil de l’acteur lorsqu’il réagit à la musique, et le jeu avec les notes doit être systématique, il ne peut pas y avoir de musique sans interaction. L’acteur doit bouleverser le plateau, qui est un lieu qui va être réduit, encombré tout autour, et qui symboliser l’espace mental du personnage, entre l’espace qui semble physique, très matériel, technique avec fortes présences d’éclairages et qui peut en fait s’avérer être une métaphore cérébrale, entre lesdits éclairages qui symboliquement deviennent des sources de souvenirs dans l’obscurité de l’amnésie… et les possibles sens de rencontres entre le personnage et la personne de Lorca, qui s’angoissa tout au long de sa vie, « de nature passionnée, il vécut entre l’extase et une terreur de la mort physique qui ne le lâchera plus » (André Belamich) |